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Juin
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Le mépris de la droite française pour le travail

By Le_Taulier  //  Carcetti  //  No Comments

Par son « travailler plus pour gagner plus », la droite avait réussi à l’emporter sur le terrain des valeurs en 2007. Faisant sienne la prétendue valeur travail. Le travail décrit par cette maxime n’est pourtant pas le travail qui sert à vivre, mais celui qui sert à s’enrichir. Il eut été impossible d’expliquer qu’on allait appauvrir les salariés français tout en leur permettant de maintenir leur niveau de vie en faisant des heures supplémentaires. Quelle que fut la réalité derrière, toujours est-il que la droite a réussi son coup. Son « coup », c’est masquer le mépris qu’elle manifeste à l’égard du travail salarié.

Lorsque l’actuel gouvernement a annoncé sa volonté de réduire les allocations familiales des familles de la classe moyenne+, les textes ont fleuri sur INTERNET pour lister les cas dans lesquels il serait préférable que madame (forcément elle) cesse de travailler ou travaille moins voire refuse des promotions par crainte de perdre au final de l’argent. Nous passerons sur le fait qu’il s’agit de cas ultra précis, qu’ils nient la possibilité d’évolution ensuite ou que cette perte pécuniaire puisse être un élément de négociation pour ces femmes (parce que ce SERONT les femmes qui seront concernées – cela dit, c’est toujours pas faux, mais on progresse).

Nous passerons là-dessus car ce que ces textes révèlent est plus inquiétant : à revenus égaux, un être humain doit préférer glander devant sa télé plutôt que travailler. C’est obligatoire et tant pis si c’est contredit par la masse de petits patrons qui essayent de faire vivre leur entreprise quitte à se mettre eux-mêmes un peu de côté.

Oubliée aussi la condition sociale du chômeur ou de la femme au foyer qui s’isole, qui « profite du système », qui n’a d’interaction qu’avec des êtres infoutus de laver leurs propres slips, que ce soit parce qu’ils ont 10 ans ou parce que « j’ai bossé toute la journée, ce n’est pas pour faire le ménage en rentrant, c’est quand même moi qui ramène l’argent ici. »

Si on a le choix, on glande.

C’est pour cela qu’il faut punir les chômeurs, les obliger à prendre le premier job qui passe. S’ils sont chômeurs, c’est qu’ils l’ont bien voulu, ces branleurs.

Nombreux sont les électeurs et élus de droite qui considèrent à haute voix que la France est un pays d’assistés, et qui les pointe du doigt. Nombreux sont les salariés/ouvriers de ce pays qui cherchent à tout prix à garder leur travail. Qui méprise le travail ? Celui qui tente de le conserver ou celui qui pense que s’il avait le choix, il ne ferait rien, que c’est dans la nature des hommes (ou dans la nature des Français).

Ce mépris du travail s’explique car pour ces gens là, travailler ne sert pas à vivre, il sert à s’enrichir. Se contenter d’un salaire ne serait même pas dans la nature humaine. Oser être heureux non pas en progressant dans son job mais en soignant sa vie de famille, ses loisirs, serait un réflexe d’assisté. Pointées du doigt les 35h qui permettent de faire autre chose que travailler durant la semaine. Oubliée la plus grande efficacité au travail lorsqu’on y vient moins fatigué… justement grâce aux 35h. Quel serait l’intérêt de bien travailler ? Qu’est-ce que ça veut dire bien travailler ? Rien du tout lorsque l’on méprise le travail salarié, lorsqu’on le conçoit comme la répétitions de gestes simples, lorsqu’on pense que la valeur d’un être humain se jauge aux conséquences de ses décisions.

Cet état d’esprit entretient la sinistrose nationale. Ce voile qui nous empêche de voir nos richesses. Certes les travailleurs ne tiennent pas les cadences des indiens ou des chinois, certes ils ne se contentent pas d’être payés 3 euros et un paquet de chips. Mais quand ils travaillent, ces si courtes 35h par semaine, ils travaillent pour de bon, ils sont efficaces et ils sont une richesse illimitée pour ce pays. Richesse que nous devons vendre et pour cela, il ne faut pas la méconnaître.

Le travail salarié n’est pas méprisable, plus encore dans notre pays il est une richesse. Il devrait être une fierté.